.

Quand le couple ne fait jamais le point: Responsabilité, opacité et tribunal social

L’affaire récente autour de Belka Tobis a relancé beaucoup d’émotions. Violence, argent, héritage, reconnaissance, célébrité. Les versions s’opposent, l’opinion publique tranche, les réseaux s’enflamment.

Mais au-delà des personnes, au-delà des détails juridiques, une question plus fondamentale me travaille :

Comment peut-on rester des années en couple sans jamais faire un véritable point sur l’état réel de la relation ?

Et pire encore :

Comment peut-on supporter des abus — réels ou ressentis — pendant des années… sans poser de cadre ?

Ce blog n’est pas un jugement.

C’est une invitation à réfléchir à la gouvernance du couple.

1. Le couple sans audit : une bombe à retardement

Dans le monde professionnel, nous faisons :

des audits des bilans trimestriels des revues de performance des analyses de risques

Pourquoi ?

Parce que tout système dérive naturellement.

Alors pourquoi le couple, qui est l’un des systèmes les plus sensibles de notre vie, fonctionnerait-il sans revue régulière ?

Un couple sans point d’étape finit par reposer sur :

l’habitude la peur de déranger le confort matériel le silence la tolérance accumulée

On suppose que “ça va”.

On espère que “ça ira”.

On évite de parler de ce qui fâche.

Puis un jour, l’explosion.

2. Supporter des abus sans rien faire : question inconfortable

Il existe des situations de violence réelles, graves, inacceptables. Cela doit être dit clairement.

Mais il existe aussi des relations où :

les frustrations sont anciennes les humiliations sont répétées l’opacité est connue les déséquilibres sont visibles

Et pourtant… on reste.

Pourquoi ?

La question est inconfortable, mais nécessaire :

Quel est le bénéfice caché à rester dans une situation qui nous abîme ?

Parfois, c’est :

la sécurité financière le statut social la peur du regard des autres la peur de recommencer à zéro l’espoir d’un “retour sur investissement” futur

Cela ne nie pas la souffrance.

Mais cela interroge la responsabilité.

Rester pendant 10, 15 ou 20 ans dans un déséquilibre, sans jamais exiger un cadre clair, c’est aussi un choix.

Un choix parfois dicté par la peur.

Parfois par le calcul.

Parfois par l’illusion.

3. L’opacité financière : le poison silencieux

L’un des éléments les plus explosifs dans les couples longs est la gestion des affaires.

On entend souvent :

“On a tout construit ensemble.”

Mais qu’est-ce que cela signifie concrètement ?

Qui a signé les contrats ? Qui a pris les risques ? Qui a géré les comptes ? Qui a investi ? Qui a consommé ? Qui a documenté quoi ?

Dans de nombreuses unions non formalisées juridiquement, il n’y a :

aucun contrat clair aucune traçabilité aucune règle définie

Alors chacun se raconte l’histoire qui l’arrange.

L’un se cache derrière les efforts de l’autre pour prétendre que tout est commun.

L’autre minimise la contribution invisible pour justifier un contrôle exclusif.

Sans transparence, l’interprétation remplace les faits.

Et quand la relation se fracture, chacun réécrit le passé.

4. La carte de l’amour et la carte de la victimisation

Dans les conflits publics, deux cartes sortent rapidement :

la carte de l’amour (“j’ai tout donné”) la carte de la victimisation (“j’ai tout subi”)

Mais les relations longues sont rarement aussi simples.

Il arrive que :

les deux aient contribué au flou les deux aient toléré l’opacité les deux aient fermé les yeux sur des signaux précoces les deux aient préféré la paix apparente à la vérité inconfortable

Quand la relation tient encore, on parle d’amour.

Quand elle casse, on parle d’abus.

La vérité est souvent plus complexe :

il y avait un déséquilibre ancien qui n’a jamais été traité.

5. Le tribunal social : nouvelle scène de pouvoir

À l’ère des réseaux sociaux, les conflits privés deviennent publics.

Pourquoi ?

Parce que le public :

valide prend parti offre soutien émotionnel inflige une sanction morale

Mais le tribunal social n’est pas un espace de nuance.

Il aime les récits simples : bourreau / victime.

Or les relations de 20 ans ne se résument pas en 30 secondes de vidéo.

Le problème, c’est que lorsqu’on confie son histoire au tribunal social, on perd le contrôle du récit.

Et surtout, on ne règle pas le fond.

6. La question centrale : à quel moment aurais-tu dû poser un cadre ?

Plutôt que de demander :

Qui est le méchant ?

Posons des questions plus exigeantes :

À quel moment aurais-tu dû exiger plus de transparence ? À quel moment aurais-tu dû dire “cela ne me convient plus” ? À quel moment aurais-tu dû formaliser ce qui était flou ? À quel moment aurais-tu dû partir ?

Un couple mature n’est pas un couple sans conflit.

C’est un couple qui fait des points réguliers.

7. La gouvernance du couple

Je défends une idée simple :

Le couple doit être gouverné, pas seulement ressenti.

Cela implique :

Des bilans réguliers (émotionnels et financiers) Une transparence totale sur les biens et les engagements Un courage mutuel de remettre en question la dynamique Une capacité à partir avant que la haine ne remplace le respect

Ce n’est pas romantique.

C’est responsable.

8. La vraie maturité

La maturité relationnelle, ce n’est pas :

supporter indéfiniment accumuler en silence exploser publiquement chercher un verdict populaire

La maturité, c’est :

poser des limites tôt clarifier les règles du jeu refuser l’opacité assumer ses choix

Parce qu’au fond, une relation qui dérive pendant des années sans cadre clair n’est pas seulement une histoire d’abus.

C’est une histoire d’absence de gouvernance.

Conclusion

Les affaires médiatisées nous choquent parce qu’elles montrent l’explosion.

Mais ce qui m’intéresse, ce n’est pas l’explosion.

C’est la dérive lente qui l’a précédée.

Un couple sans point régulier, sans transparence, sans cadre explicite, est un système qui accumule du risque.

Et un jour, le risque se matérialise.

Avant de demander au tribunal social de juger notre histoire,

peut-être devrions-nous apprendre à gouverner nos relations.